Panorama des positions : un classement par confort et par effort

Les compilations de positions se ressemblent toutes : une liste de noms, une illustration, une phrase. Elles ne disent jamais ce qui décide vraiment du confort, c’est-à-dire qui porte le poids, qui contrôle le rythme et ce que subit le bas du dos. Nous avons donc classé les positions par leurs propriétés physiques plutôt que par leur nom.

Fig. 1 — planche technique : les quatre paramètres physiques d’une position, en quatre cellules numérotées. 01, charge d’appui : deux flèches inégales sur un appui chargé et un appui délesté. 02, commande du rythme : une double flèche d’amplitude entre un disque plein qui règle et un disque vide qui suit. 03, contrainte lombaire : une courbe dorsale dont le segment bas est surligné, l’angle β en marquant l’écart. 04, contact disponible : un vecteur de main libre partant du point de contact. Classement descriptif, sans valeur chiffrée.
Une position se décrit par quatre paramètres physiques avant de se décrire par un nom.

La réponse courte

Une position se juge sur quatre critères : qui supporte le poids du corps, qui commande le rythme et la profondeur, quelle est la contrainte imposée au bas du dos et aux articulations, et quel contact est possible en dehors de la pénétration. Ces quatre paramètres expliquent le confort bien mieux que le nom de la position.

Les quatre critères qui décident du confort

Qui porte le poids

C’est le critère le plus déterminant et le moins évoqué. Dans une position où une personne se soutient sur les bras, ce sont les épaules et les triceps qui fatiguent en premier, généralement avant tout le reste. Dans une position assise ou allongée sur le côté, le poids repose sur le support et la fatigue disparait presque entièrement.

Qui commande le rythme

Une position où la personne pénétrée décide de l’amplitude et de la vitesse offre un réglage fin et immédiat. Une position où c’est l’autre qui commande demande une communication explicite pour obtenir le même résultat. Ce paramètre pèse lourd quand la pénétration est douloureuse ou quand elle est reprise après une interruption.

La contrainte sur le bas du dos

Les positions qui accentuent la cambrure lombaire, celles qui demandent une torsion du bassin et celles qui immobilisent les hanches en rotation externe prolongée sont les plus contraignantes. Une lombalgie chronique, une sciatique, une prothèse de hanche ou une arthrose sévère modifient complètement le classement.

Les mains, et le reste du corps

Certaines positions libèrent une main, d’autres non. Certaines permettent un contact clitoridien direct, d’autres l’excluent mécaniquement. La pénétration, à elle seule, ne garantit pas ce contact : c’est une question de géométrie, pas de technique. Ce critère décide donc souvent du plaisir davantage que la profondeur. Quelle proportion de femmes il concerne, nous ne le chiffrons pas, faute d’une source primaire que nous puissions citer.

Le classement

Précision de méthode, qui vaut avertissement : ce classement est descriptif. Il repose sur la mécanique des appuis, pas sur une mesure de dépense énergétique. Nous n’avons trouvé aucune donnée comparative fiable qui chiffrerait l’effort réel de chaque position, et nous n’en inventons pas.

Positions classées par effort de soutien et par contrôle du rythme
Famille Effort de soutien Qui commande le rythme Contrainte lombaire Main libre
Allongé sur le côté, face à face ou en cuillère Très faible, le lit porte les deux corps Partagé Faible Oui
Assis, l’un sur l’autre ou sur un siège Faible à modéré La personne assise dessus Modérée Oui
Personne pénétrée au-dessus Modéré, cuisses et mollets La personne au-dessus Variable selon l’inclinaison Oui
Face à face allongé, appuis sur les bras Modéré à élevé pour celui qui se soutient La personne au-dessus Faible pour celle qui est allongée Rarement
Pénétration par l’arrière, à quatre pattes Modéré, poignets et épaules Celui qui pénètre Élevée, cambrure accentuée Oui pour l’un des deux
Debout Élevé, jambes et dos en permanence Partagé, instable Élevée Non

La position face à face allongée, dite du missionnaire, est celle dont les variantes changent le plus radicalement le résultat : l’angle du bassin, un coussin sous les reins ou la hauteur des jambes modifient à la fois la profondeur et le contact. Elle a son article dédié, qui détaille ses variantes une à une et ce que chacune change en confort, en profondeur et en effort demandé à celle ou celui qui se place au-dessus. La pénétration par l’arrière dépend, elle, presque entièrement de l’appui : notre article sur la levrette et les réglages qui soulagent le bas du dos reprend chaque variante par la contrainte qu’elle lève. Le 69 ne figure pas dans ce tableau, faute d’entrer dans cette grille : les deux personnes y sont en même temps actives et receveuses, et nous traitons à part les trois contraintes qui décident de son confort.

Les situations qui changent tout

Grossesse. À partir du deuxième trimestre, l’utérus peut comprimer la veine cave inférieure lorsque la femme est allongée sur le dos, ce qui gêne le retour du sang vers le cœur et provoque malaise, nausées et sensation de tête vide. Les positions sur le côté et celles où la femme est au-dessus évitent cette compression. En cas de grossesse à risque, de saignement ou d’une consigne médicale spécifique, l’avis de la sage-femme ou du médecin prime sur tout article.

  • Lombalgie ou sciatique. Les positions qui accentuent la cambrure sont les plus douloureuses. Allongé sur le côté, jambes légèrement fléchies, la colonne reste neutre.
  • Douleurs pendant la pénétration. Une position où la personne pénétrée commande la profondeur permet de rester sous le seuil douloureux. Une douleur qui se répète justifie un avis médical : elle peut relever d’une endométriose, d’une sécheresse, d’une infection ou d’un vaginisme, et aucune position ne traite ces causes.
  • Prothèse de hanche. Le chirurgien fixe les amplitudes autorisées, notamment sur la flexion et la rotation. Ce sont elles qui décident, pas le confort ressenti.
  • Écart de taille important. Les positions assises et couchées sur le côté compensent, là où les positions debout accentuent l’écart.

Le point pratique que les listes oublient

Changer de position est le moment où le préservatif glisse le plus, parce que l’angle et la tension varient d’un coup et que l’attention est ailleurs. Une vérification rapide après chaque transition règle le problème, et une taille correctement choisie le rend rare. Le détail figure dans notre article sur l’efficacité réelle du préservatif, qui compare l’usage théorique et l’usage réel, et montre que l’écart vient de la manipulation, pas du produit.

D’où vient l’idée qu’il faudrait en connaitre beaucoup

La course au nombre de positions est une invention récente, largement éditoriale. On l’attribue volontiers au Kamasutra, à tort : dans ce texte, les postures occupent un chapitre sur trente-six, et le fameux nombre de soixante-quatre désigne d’abord une liste d’arts et de savoirs. Nous avons détaillé ce malentendu dans notre article consacré au texte lui-même, qui montre ce qu’il contient réellement et ce que sa traduction victorienne lui a fait dire, sous l’influence de son éditeur plus que de son auteur.

Questions fréquentes

Quelle est la position la plus confortable ?

Celle où le lit porte les deux corps, c’est-à-dire allongé sur le côté, face à face ou en cuillère. Le poids ne repose sur aucune articulation, la colonne reste neutre, les deux personnes gardent une main libre et le rythme se partage. C’est aussi celle qui fatigue le moins sur la durée.

Quelle position choisir en cas de mal de dos ?

Les positions allongées sur le côté, jambes légèrement fléchies, qui maintiennent la colonne en position neutre. À éviter en priorité : celles qui accentuent la cambrure lombaire, notamment la pénétration par l’arrière à quatre pattes, et les positions debout.

Quelles positions éviter pendant la grossesse ?

Les positions allongées sur le dos, à partir du deuxième trimestre, pour la raison exposée plus haut. Sur le côté ou avec la femme au-dessus, la gêne disparait. Une consigne de la sage-femme ou du médecin prime sur cette règle générale, en particulier si la grossesse est suivie comme à risque.

Faut-il varier les positions ?

Rien ne l’impose. Varier a un intérêt pratique, éviter la fatigue d’un appui prolongé et modifier les zones de contact, mais le nombre de positions maitrisées n’a aucun rapport documenté avec la satisfaction sexuelle. Le confort et la communication pèsent davantage.

Quelle position favorise l’orgasme féminin ?

Celles qui laissent un accès direct au clitoris, à la main ou par le contact des corps. La pénétration seule ne garantit pas ce contact et certaines positions l’excluent mécaniquement. Les positions assises, sur le côté et celles où la femme est au-dessus libèrent une main et permettent d’ajuster l’angle.

Rappel : une douleur pendant les rapports n’est jamais un simple problème de position. Si elle se répète, elle justifie une consultation auprès d’un médecin, d’une sage-femme ou d’une gynécologue.

Sources

  • Compression de la veine cave inférieure en décubitus dorsal pendant la seconde moitié de la grossesse. C’est un fait clinique établi et enseigné, que nous n’avons pas rattaché à une publication primaire consultable. Nous ne datons donc aucune consultation, et l’article renvoie à la sage-femme ou au médecin, qui restent ici la seule source qui vous concerne.
  • Structure du Kamasutra de Vâtsyâyana, pour la mise au point sur l’origine du nombre soixante-quatre. Les références nommées sur ce point, dont la traduction de 1883, figurent dans les sources de notre article consacré au texte.

Le reste de nos articles consacrés à la pratique, à la prévention et aux idées reçues se trouve rassemblé sur le sommaire complet du magazine, où voisinent les positions détaillées une à une, le choix d’un préservatif et les articles d’histoire de la sexualité.